Nouvel album Els Invertebrats, le 25 octobre 2007
www.myspace.com/refree

 



 

Els Invertebrats, le quatrième album de l’espagnol Raul Fernandez alias Refree illustre la conception aussi riche que large que l’artiste a de la Pop et l’installe un peu plus encore au Panthéon des auteurs-compositeurs-interprètes les plus créatifs de la scène européenne. Un album au charme duquel les adeptes de Paolo Conte, Dominique A, Dirty Three, Van Dyke Parks ou encore Nick Drake devraient succomber. Refree trouve ici un équilibre parfait entre les éléments de la plus pure tradition pop et l’exploration de nouveaux territoires rythmiques et harmoniques. Les textes ne sont pas en reste; les dix titres composant l’album témoignant une fois de plus du sens aigu de l’observation de leur auteur ainsi que de son talent de portraitiste.

Le parcours de Raul Fernandez n’a rien d’une ligne droite parsemé qu’il est de détours et chemins de traverse empruntés par un artiste qui n’a jamais suivi que les voies qui lui semblaient les plus intéressantes et les plus excitantes sur le moment et ce au mépris de tout confort carriériste. Avec Els Invertebrats, il reste fidèle à lui même et ce qui aurait pu être l’album le plus classiquement pop de sa discographie (l’opus est une mine de mélodies imparables) ne s’en contente pourtant pas prenant encore et encore la clé des champs vers de nouvelles explorations.

Entouré des musiciens Giovanni Di Domenico au piano, Manolo Cabras à la contrebasse et Oriol Roca (membre explosif du trio jazz d’avant-garde Sweet Cut ) à la batterie, cloîtré 5 jours et 5 nuits durant dans un studio de Bruxelles, Raul Fernandez s’est penché sur son métier à tisser pour en sortir une toile musicale composée de cordes lâches s’entremêlant les unes aux autres, se posant sur une structure rythmique et harmonique mutante, sur un piano désaccordé, sur des sifflements qui dérapent, sur des accords se brisant comme des oeufs dans une poêle. La voix quant à elle est haut perchée et mélodieuse à la fois, joue avec les cordes tremblantes de la contrebasse qui résonne comme les pas d’un géant marchant sur la pointe des pieds. Mais, dans ce désordre généralisé, les compositions avancent sur des rythmiques sûres et audacieuses qui ne prennent pourtant jamais le pas sur la voix. Chaque titre se déploie comme un mille-pattes, insecte se déplaçant en se contortionnant pour aller droit devant de façon résolue tout autant qu’imprévisible.

Pour leur part, les textes offrent une riche galerie de portraits formant une fois réunis une histoire d’une pièce telle une toile cubiste. Une histoire composée de tranches de vie d’hommes, de femmes et d’enfants, de sujets forts tels l’amour et la mort mais aussi des petits riens du quotidien qui parfois résonnent loin, le tout sur un ton oscillant entre la satire doucement amusée et la caricature plus acide mais toujours empathique. Dix chansons comme autant d’odes à la vie, à la chair, à la beauté et à l’amour, comme autant de réflexions sur le caractère éphémère de toute chose, sur l’inéluctable travail d’usure du temps sur nos corps métaphorisé musicalement par les soudains écarts dissonants des instruments. Le temps passe et file dans nos vies comme le long de ce disque dont il devient finalement le sujet principal.