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Els
Invertebrats,
le quatrième album de l’espagnol Raul Fernandez
alias Refree illustre la conception aussi riche que large
que l’artiste a de la Pop et l’installe un peu plus encore
au Panthéon des auteurs-compositeurs-interprètes les plus
créatifs de la scène européenne. Un album au charme
duquel les adeptes de Paolo Conte, Dominique A, Dirty Three, Van Dyke
Parks ou encore Nick Drake devraient succomber. Refree
trouve ici un équilibre parfait entre les éléments
de la plus pure tradition pop et l’exploration de nouveaux territoires
rythmiques et harmoniques. Les textes ne sont pas en reste; les dix titres
composant l’album témoignant une fois de plus du sens aigu
de l’observation de leur auteur ainsi que de son talent de portraitiste.
Le parcours de Raul Fernandez n’a rien d’une
ligne droite parsemé qu’il est de détours et chemins
de traverse empruntés par un artiste qui n’a jamais suivi
que les voies qui lui semblaient les plus intéressantes et les
plus excitantes sur le moment et ce au mépris de tout confort carriériste.
Avec Els Invertebrats, il reste fidèle à lui même
et ce qui aurait pu être l’album le plus classiquement pop
de sa discographie (l’opus est une mine de mélodies imparables)
ne s’en contente pourtant pas prenant encore et encore la clé
des champs vers de nouvelles explorations.
Entouré des musiciens Giovanni Di Domenico au
piano, Manolo Cabras à la contrebasse et Oriol
Roca (membre explosif du trio jazz d’avant-garde Sweet
Cut ) à la batterie, cloîtré 5 jours et 5 nuits durant
dans un studio de Bruxelles, Raul Fernandez s’est penché
sur son métier à tisser pour en sortir une toile musicale
composée de cordes lâches s’entremêlant les unes
aux autres, se posant sur une structure rythmique et harmonique mutante,
sur un piano désaccordé, sur des sifflements qui dérapent,
sur des accords se brisant comme des oeufs dans une poêle. La voix
quant à elle est haut perchée et mélodieuse à
la fois, joue avec les cordes tremblantes de la contrebasse qui résonne
comme les pas d’un géant marchant sur la pointe des pieds.
Mais, dans ce désordre généralisé, les compositions
avancent sur des rythmiques sûres et audacieuses qui ne prennent
pourtant jamais le pas sur la voix. Chaque titre se déploie comme
un mille-pattes, insecte se déplaçant en se contortionnant
pour aller droit devant de façon résolue tout autant qu’imprévisible.
Pour leur part, les textes offrent une riche galerie de portraits formant
une fois réunis une histoire d’une pièce telle une
toile cubiste. Une histoire composée de tranches de vie d’hommes,
de femmes et d’enfants, de sujets forts tels l’amour et la
mort mais aussi des petits riens du quotidien qui parfois résonnent
loin, le tout sur un ton oscillant entre la satire doucement amusée
et la caricature plus acide mais toujours empathique. Dix chansons comme
autant d’odes à la vie, à la chair, à la beauté
et à l’amour, comme autant de réflexions sur le caractère
éphémère de toute chose, sur l’inéluctable
travail d’usure du temps sur nos corps métaphorisé
musicalement par les soudains écarts dissonants des instruments.
Le temps passe et file dans nos vies comme le long de ce disque dont il
devient finalement le sujet principal.
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