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Que cela soit au titre de ses contributions avec les acclamés New Pornographers ou de son projet plus personnel Destroyer, dans lequel il laisse libre cours à des passions plus intimes à travers une pop littéraire et lyrique, le Canadien Daniel Bejar est considéré comme l'un des compositeurs les plus raffinés et les plus inventifs de notre époque. Suivant la sortie américaine de Your Blues chez Acuarela il y a 2 ans, son nouvel album, Destroyer's Rubies, sort en Europe avec un titre bonus par rapport à sa version américaine (Merge).

Après cinq disques d'un folk rock lo-fi et paisible, combinant une forme d'expression raffinée à une relative austérité instrumentale, Your Blues jonglait avec la maturité, la modernité et la recherche, obtenant un résultat beaucoup plus efficace que la simple somme de ces ingrédients. Belles lettres et choeurs, sixties et seventies, poèmes et sorties cyniques, donnaient naissance à un journal intime aux mérites tant lyriques que musicaux. Un esprit pop quelque part entre Hefner, The Blue Nile et Prefab Sprout .

La fin de l'année 2006 voit enfin la sortie européenne du 7e album de Dan Bejar, sous le nom de Destroyer. S'il y a une constante dans le parcours de Destroyer, c'est bien le peu de considération que Bejar accorde aux conventions et aux attentes du public. Peu enclin à s'endormir sur ses lauriers, Bejar avec chacun des albums de Destroyer explore de nouveaux territoires sonores et de nouvelles idées. Le dernier en date Destroyer's Rubies, et son premier titre, Rubies, donne tout de suite le ton : une épopée de 9 min.30 qui s'ouvre sur ces mots «Cast myself towards infinity, trust me, I had my reason » (Je me suis projeté dans l'éternité, croyez-moi, j'avais mes raisons). Un parfait résumé de l'esthétique de Destroyer.

Destroyer's Rubies est une collection de perles pop mêlant à parts égales cynisme, dédain, espoir et humour. Bejar excelle tour à tour dans l'auto-référence, l'autodérision, la sagacité et la retenue. Il y a de la mythologie, des coeurs brisés, et des victoires aussi dans ce disque. Suivez donc ces petits cailloux que Bejar a semés le long des sentiers mornes de la pop actuelle. Sa musique est impétueuse et extatique. Ayez confiance en lui, il a ses raisons. Le style dylanesque de Bejar, qui se retrouve dans cet esprit mordant et sardonique, et ce regard appuyé vers un folk glam rappelant les premiers opus de T-Rex et de Bowie, éloignent clairement Destroyer de l'approche plus directement pop de son “autre” groupe, The New Pornographers. Bejar reconnaît lui-même que les influences de ce dernier album lui viennent du travail de Kevin Coyne, Kevin Åyers, Kevin Rowlands, Kevin Junior…plein de Kevins, quoi …

Au cours de ces 10 dernières années, Dan Bejar a joué et enregistré avec différentes formations, et le groupe a lui--même connu divers changements de musiciens. Ce chassé-croisé constant a conduit certains à considérer Destroyer comme un projet solo, bien que Dan ait toujours insisté sur le fait qu'il envisage Destroyer comme un groupe dans lequel chaque membre collabore véritablement. Ainsi, lorsque Dan a décidé de prendre la route avec Your Blues, pour la plus longue tournée de la carrière de Destroyer, il a recruté le groupe Frog Eyes comme groupe de scène, recréant totalement les titres pour le live. Un résultat étonnant que l'on peut retrouver sur l'EP Notorious Lightning And Other Works (2005).

Mais Bejar nous assure aujourd'hui que l'heure de la stabilité a sonné : Nicholas Bragg (guitare) ; Tim Loewen (basse, guitare, harmonica) ; Ted Bois (synthés) ; Scott Morgan (batterie, saxo), et Fisher Rose (trompette). Le cocktail composé par ces musiciens est détonnant : un disque à la consistance vibrante, un synopsis pop bien conçu, bien composé et parfaitement orchestré qui se pose là ; bien au dessus du lot.