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Après avoir publié un EP 6 titres chez Acuarela l'année dernière, ce quintette basé entre Boston et New York revient avec un album qui donne l'impression d'avoir été enregistré un couteau entre les dents. Direct, intense, tribal, cathartique, voire hallucinogène, « Spirit » frappe par la force d'un groupe qui détient la maîtrise des ingrédients du post rock le plus original, et flirte avec le psychédélique en dix titres qui ne laissent pas de place au doute.

APSE ce sont cinq gars de la Côte Ouest qui jouent ensemble depuis sept ans et qui créent un des son les plus inspiré du moment : parfaite alliance entre l'énergie du slowcore et la dynamique du post rock, le tout traversé de fulgurances avant-gardistes. En bref, c'est beau, sombre et tendu. Un sens musical fort gorgé d'influences allant du classique à Slint, Joy Division / New Order et The Cure en passant par les premières expérimentations sonores de Sonic Youth, l'ambient et le post-punk. En 2005, ils sortent « S/T » (ou « APSE », comme certains l'appellent), un EP/mini-album de 34 mn qui asseoit d'ores et déjà leur maestria : des tourbillons soniques, qui commencent par un spasme, s'accélèrent au rythme de batteries nerveuses filant autour d'un arpège, s'enroulent autour de riffs de guitare aigus et de superbes mélodies pour agoniser après une explosion sonore finale. C'est ce à quoi ressemblait « Leer », le premier titre. Bien que cette formule n'ait pas été reproduite sur les cinq autres morceaux, elle inaugurait et donnait le ton de l'approche anticonformiste d' APSE en termes de composition.

Le nouvel album du groupe, Spirit, fait exploser tout ce que l'on pensait savoir sur la manière de composer du rock indépendant en 2006. Si l' EP « S/T » peut être associé à des genres bien définis, post-rock catchall ou ambient, il n'en va pas de même avec le dernier opus qui s'élance vers des territoires musicaux inédits. Un éloignement des genres existants pour donner naissance à un univers musical différent et unique qui laisse ceux qui ont assisté à leurs concerts dans un état proche de la catharsis, ébahis et déconcertés.

A l'écoute du disque, aucune des influences du groupe n'apparaît clairement. Spirit absorbe l'auditeur dans d'épiques et sombres lignes de basse, faisant probablement référence au Drum's Not Dead des Liars et au rythme cyclique des premiers Echo and The Bunnymen. Flottant sur un cœur de basse et de batteries, des guitares éthérées, des chants hantés et de doux synthés font un clin d'œil à Pornography et à Disintegration des Cure ainsi qu' aux faces B du Kid A de Radiohead.

Spirit conduit l'auditeur à travers ses terres marécageuses de multipercussions, ses riffs de basse saccadés, et ses mélodies extraterrestres à la fois douces amères et vibrantes. L'album regorge de rythmiques post-rock chaotiques, de lourds passages de guitares et de stomps tribaux. Des couches de percussions recouvrent le tout créant un album formidablement bien produit que l'on pourrait qualifier d'odyssée pop ou de mur de son à couper le souffle. Spirit est l'un des albums les plus étonnant et les plus unique de cette année.